On devrait, à nouveau, parler des perspectives législatives lors du troisième forum, prélude aux Nuits atypiques, qui se tiendra ce lundi au centre culturel.

- Consciente depuis sa jeunesse de la richesse apportée par l’occitan, Martine Faure, députée et ancienne institutrice, a sensibilisé ses élèves à cette langue. PHOTO ARCHIVES Jean-Louis DUZERT
« Quand j’étais enfant, mes parents parlaient occitan à la maison. Nous habitions Aillas. Dès que je suis entrée au lycée, à Bazas, je n’ai plus rien entendu. Ils se sont interdits de parler l’occitan parce qu’au lycée, il ne fallait plus le faire. Je n’ai compris qu’à 20 ans comment on avait piétiné cette langue. Quand on y pense, on aurait pu être bilingue… »
La députée Martine Faure, avec toute la douceur de son regard bleu, ne peut dissimuler une sorte de rancœur contre cet état de fait. « Il faut se souvenir qu’on a livré une bataille monstrueuse contre l’occitan. Certains enfants étaient battus, punis, mis au piquet pour leur interdire de le parler alors que, lorsqu’ils entraient à l’école, à 5 ans, ils ne parlaient que le patois… »
Curiosité
Dans sa génération, elles étaient quelques-unes, au lycée, à se demander pourquoi on refusait, ainsi, d’employer cette langue. « Cela a éveillé ma curiosité. Je suis donc allée à la bibliothèque, je suis entrée dans des cercles et j’ai découvert toute une culture, une littérature de troubadours. »
Martine Faure a poursuivi cette quête, y compris lorsqu’elle est devenue institutrice. « J’ai beaucoup sensibilisé mes élèves à cette langue. Notre histoire, c’est avant tout celle de notre pays. Je me suis rapidement aperçue que les grands-parents de mes élèves parlaient souvent le gascon et que les enfants savaient une histoire, une comptine, une chanson dans cette langue. On a même joué une pièce de théâtre au festival de Penne-d’Agenais. »
Elle se souvient aussi de « ces jeunes Anglaises qui étaient arrivées à Coimères. C’était mes meilleures élèves occitanistes. Cela ne leur posait aucun problème. C’est dire l’intérêt du bilinguisme. On a détruit de précieux trésors en interdisant l’emploi de l’occitan. »
Richesse d’un patrimoine
Devenue députée, Martine Faure ne s’intéresse pas seulement à « sa » langue. Elle se bat « pour faire reconnaître au ministre la richesse de notre patrimoine linguistique, avec le corse, le breton, l’alsacien, le créole et toutes les nuances de l’occitan avec le béarnais, le basque, etc. » À l’Assemblée nationale, elle a présidé le groupe d’étude sur les langues régionales et en est, aujourd’hui, la vice-présidente.
Ancienne élue municipale langonnaise, elle a toujours suivi de très près les Nuits atypiques (1) et le travail de Philippe Lavaud, le directeur. « Un jour, je lui ai demandé de regarder aussi ce qui se passe ici, chez nous, alors que, jusque-là, il s’intéressait uniquement aux cultures du monde, d’ailleurs. C’est ainsi qu’on a toujours eu la présence d’un groupe occitan lors du festival des Nuits atypiques. »
Lorsqu’en juillet 2008, la constitution française a enfin reconnu que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France », cela a débouché sur le premier forum des langues de France.
Cette année en marquera la troisième édition. L’an dernier, ce rendez-vous avait notamment permis de décortiquer le projet de loi, offrant un véritable statut aux langues régionales dans le domaine des médias, de la culture, de l’espace public et de l’enseignement. Projet de loi qui n’a toujours pas été voté. Et pour cause : il en existe maintenant quatre, deux enregistrés au Sénat et deux à l’Assemblée nationale, à la suite d’une mésentente entre deux élus bretons.
Politiques linguistiques
On en reparlera lundi, entre 9 h 30 et 17 heures, au centre culturel des Carmes. Cette journée permettra aussi d’évoquer les politiques linguistiques menées à travers les régions de France, et la prise en compte de la question linguistique dans les formations proposées par le Centre national de la fonction publique territoriale.
David Grosclaude, conseiller régional d’Aquitaine chargé des langues régionales et de la politique linguistique, participera à ce forum, ainsi que François Deluga, député et président du Centre national de la fonction publique territoriale, Paul Molac, président du Conseil culturel de Bretagne, et Isabelle Dexpert, vice-présidente du Conseil général de Gironde.