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http://divroet.org  25/07/2011

Fulup Jakez directeur de l’Office de la langue bretonne

lundi 25 juillet 2011

Bonjour Fulup. Vous êtes directeur de l’Office de la langue bretonne. Pourriez-vous expliquer aux lecteurs ce qu’est l’Office, comment et quand il a été créé ?

Fulup Jakez : L’Office de la langue bretonne a été créé il y a 10 ans, avec le Conseil Général, l’aide du Ministère de la Culture et ensuite, les cinq départements, qui ont soutenu le développement de l’Office. Notre mission principale est de promouvoir la langue bretonne, pour la faire progresser sur l’ensemble des champs d’expressions d’une langue, d’abord dans la vie publique ainsi qu’à l’école. Nous ne sommes pas des enseignants, nous ne donnons pas des cours de langue mais nous essayons d’élargir la place du breton dans la société, et dans divers secteurs, comme l’éducation, soit par nos propres moyens, soit en établissant des conventions de développement auprès de personnes ou structures diverses, afin de permettre au breton de se déployer partout en Bretagne. Voilà en gros ce que fait l’Office de la langue bretonne.

DN : Quelle est la mission de l’Office pour l’avenir ?

JPEGL’Office est l’outil d’une politique linguistique. Pour créer l’Office nous avons étudié ce que faisaient les autres pays concernant leurs langues spécifiques. La politique linguistique est une idée qui est née au Québec dans les années 60. À cette époque, la société québécoise était secouée d’une grande agitation au sujet de l’avenir de la langue française. Les gens militaient pour que le français soit officialisé et pour que des outils soient mis en place définissant la place du français dans la société mais aussi celle de l’anglais.

En fin de compte, des lois ont été créées, et des outils décidés par le pouvoir ont été mis en place ; on a appelé cela la politique linguistique. Ensuite, tout cela a été, en quelque sorte, importé en Europe, en Espagne d’abord. À la mort de Franco, un grand vent de liberté a soufflé sur l’Espagne. Ce pays d’abord très centralisé, comme la France, s’est décentralisé et à donné son autonomie à plusieurs régions. La Catalogne et le Pays Basque ont reçu de nouveaux droits par le parlement. Ils ont pu voter de nouvelles lois et ont décidé d’officialiser leur langue. Ils ont repris à leur compte ce qui avait été fait au Québec auparavant. De grandes choses ont été entreprises en Espagne mais aussi, ensuite, au Pays de Galles.

Nous avons étudié ces exemples pour « penser » l’outil Office. De cette façon, notre structure interne est composée de 2 pôles, avec des gens différents, des métiers différents, pour mettre en place une politique linguistique globale. À l’intérieur de ces pôles,d il y a plusieurs services.

Un pôle travaille sur le développement interne de la langue ; cela consiste à lui donner les moyens de devenir une langue moderne, standard, une langue qui permet d’échanger avec tous, les jeunes mais aussi les plus âgés, sur tous les sujets. Une langue avec laquelle on peut tout dire, une langue en adéquation avec le monde d’aujourd’hui et qui n’est pas simplement adaptée aux besoins des paysans des années 30 ou bien des pêcheurs du 19e siècle. Non, une langue qui permette de parler d’informatique, d’administration, d’économie, de politique, de tous les métiers en breton, et pour cela, une langue a besoin d’outils. Une grammaire normative, une orthographe claire, des dictionnaires de référence, une terminologie pour les termes nouveaux des secteurs innovants etc. Il y a un réel besoin de travailler au développement interne de la langue.

Dans l’autre pôle il y a deux services essentiellement. « L’observatoire » est là pour observer la situation linguistique et réaliser des études, rassembler des chiffres, réaliser des graphiques, faire des calculs, un peu comme le fait l’INSEE. Il essaie de savoir ce qui se passe dans les différents domaines d’expression du breton : le domaine des nouvelles technologies, de l’éducation, de l’édition, des médias, l’emploi de la langue dans le domaine de la religion, des loisirs, les camps de vacances pour les enfants, le domaine de la musique, etc. Ensuite, ces études renouvelées à intervalles réguliers afin de mesurer et de pouvoir comprendre les évolutions linguistiques.

Nous rassemblons des informations, et ensuite nous mettons au point des méthodes de travail. Nous allons à la rencontre des élus, des politiques, des chefs d’entreprises, des responsables d’associations, pour leur dire : voilà où on en est ; fréquemment, les élus ne connaissent pas grand chose à la situation linguistique. Un maire sait qu’il y a une école bilingue dans sa commune, ça il le sait, mais combien d’enfants il y a dans cette école, 5 %, 10 %, 30 % des enfants qui sont bilingues ? Il ne le sait pas, alors il a du mal à mesurer la vitalité sociale du breton dans sa commune. Voilà tout le travail que nous effectuons.

L’objectif de l’Office était, et est toujours, d’être un outil de politique linguistique. Lorsque l’on parle de politique, on parle aussi d’hommes politiques, c’est-à-dire d’élus en responsabilité, chargés d’élaborer une politique linguistique. Jusqu’à très récemment il n’y avait pas officiellement de politique linguistique en Bretagne. En vérité il y en avait une et qui était que tout devait fonctionner en français. À côté de cela, il y avait des associations, des personnes qui faisaient des choses pour le breton, qui allaient voir les politiques pour leur demander de l’argent pour pouvoir organiser des événements et fonctionner (et souvent les élus répondaient favorablement). C’est vrai qu’en Bretagne, les associations sont aidées par les départements, les villes, la région, mais cela ne représente pas en soit une politique publique. C’est simplement la réponse à une sollicitation associative. Une politique c’est quelque chose qui vient d’en haut, du pouvoir, quelque chose qui a été pensé et qui dit, nous sommes ici et nous voulons aller là. Prenons un objectif, et pour atteindre cet objectif mettons en place des outils, une stratégie, des méthodes de travail, comme dans une entreprise qui souhaite se développer. Ce n’est pas simplement octroyer une aide à ceux qui la sollicitent.

Il y a dix ans personne, ne parlait de politique linguistique. C’est un concept nouveau en Bretagne. La région a commencé à élaborer une réelle politique linguistique à l’égard du breton, mais à d’autres échelons de décisions, dans les grandes villes, les conseils généraux, on en reste souvent au niveau d’un soutien aux projets associatifs. Nous n’en sommes pas encore à une politique linguistique globale structurée, mais des changements vont avoir lieu cette année. Un outil public va être créé et c’est un changement très important. C’est la première fois en Bretagne qu’une structure officielle va être créée par les pouvoirs publics pour la langue et comme cette structure rassemblera la région, l’état, et aussi des départements, pour la première fois, tout le monde sera assis autour de la même table, pour organiser, et construire ensemble la politique. Ça ne sera plus juste la politique du Finistère ou celle du Morbihan. On va essayer d’avoir une seule politique partagée par tous, ce ne sera pas facile, mais on va essayer. C’est un sacré travail, mais c’est l’objectif.

DN : Quels sont les différents services de l’Office ?

FJ : Il y a deux pôles : un pôle étude et développement dans lequel il y a deux services :

- Un service « Observatoire de la langue » dont on a parlé plus haut, qui échange en permanence avec les autres services notamment l’ »agence pour le développement » qui est le service opérationnel sur le terrain, un peu comme le font les VRP. Elle prend des rendez-vous avec les responsables pour échanger, nouer des relations, rencontrer les gens, faire de la pédagogie, leur expliquer où en est le breton dans la société, et ce qu’il est possible de réaliser dans telle ou telle commune ou dans telle ou telle entreprise. Le travail de l’agence de développement consiste à donner de la force et de la confiance aux gens, leur proposer des projets et les aider à les réaliser.
- L’autre service est le pôle linguistique, où l’on travaille également sur patrimoine linguistique. Nous travaillons beaucoup sur la toponymie. Ceci est important pour pouvoir ensuite écrire correctement les noms de lieux sur les panneaux au bord des routes. D’autres personnes vont aussi sur le terrain, enregistrer les anciens pour savoir comment ces noms sont prononcés. Ils mènent à bien des études toponymiques. Nous avons aussi des traducteurs. Nous ne faisons pas de traductions littéraires, nous travaillons uniquement dans le domaine technique. Nous essayons d’abord de répondre aux besoins de la société.

En parallèle, un autre pôle travaille sur la terminologie. Il aide les traducteurs à trouver des solutions pour utiliser le breton dans des domaines nouveaux. Il y a de nouveaux besoins ; par exemple, ce matin je lisais un article qui avait été écrit par la région et où l’on parlait de « pôles de compétitivité ». Qu’est-ce que ça peut bien être ? Dans un premier temps il faut comprendre et, ensuite, comment va-t-on pouvoir traduire « pôles de compétitivité » en breton ? Il est possible d’imaginer des solutions, ce n’est pas si difficile. Souvent, ce ne sont pas des mots qui sont créés mais plutôt des expressions. Une fois que le choix est fait, il est important de toujours réemployer ces même mots ou expressions pour que les brittophones apprennent petit à petit à exprimer les nouveaux concepts et qu’ils soient ensuite employés par tous afin que l’on puisse échanger dans notre langue et bien se comprendre. Le travail du service terminologie peut consister à créer des termes, en fait, le plus souvent il consiste surtout à sélectionner des termes qui ont été créé par d’autres avant nous. Il n’est pas rare de trouver plusieurs variantes pour un seul terme.

DN : Le service Termbret publie des livrets sur différents sujets de la vie de tous les jours ?

FJ : Termbret est en charge de la terminologie justement. Ce service travaille et répond aux besoins des traducteurs, ou il étudie la langue d’un nouveau domaine. Nous avons travaillé sur le vocabulaire du commerce, les mammifères, la musique, toutes sortes de sujets.

DN : J’ai pu observer que certains livrets avaient également été traduits en anglais ?

FJ : Oui c’est vrai, certains livrets ont été traduits en quatre langues : en breton, gallois, anglais et latin. Pour les animaux, on a dû utiliser le latin pour les noms scientifiques. Ensuite, il était intéressant de le publier en gallois car de nombreux noms sont similaires au breton, et, comme nous avions traduit en gallois, nous avons souhaité le faire également en anglais pour être distribué en Grande-Bretagne. Mais généralement, nous publions surtout des vocabulaires bilingues breton/français, français/breton.

Un livret vient d’être publié sur l’audio-visuel, le monde des médias. Nous continuerons, il est vrai, à publier sur papier ; néanmoins, nous travaillons de plus en plus avec Internet, nous avons une base de données en ligne, « Termofis » sur laquelle tout est enregistré. Aujourd’hui, les gens travaillent de plus en plus avec des ordinateurs.

DN : Combien de personnes travaillent à Ofis ar Brezhoneg ?

FJ : Il y a vingt personnes réparties dans cinq agences, une dans chaque département. Ici, à Carhaix, nous sommes sept ; à Rennes, ils sont huit ; deux à Nantes, un à Ploemeur, et un à Cavan. Une personne travaille aussi à son domicile.

DN : Que va-t-il se passer à l’Ofis dans les mois à venir ?

FJ : Il est vrai que nous allons changer de statut, et nous espérons continuer à faire ce que nous faisons actuellement. Il y a un réel besoin de renforcer cet outil, d’être plus nombreux pour travailler sur plus de domaines. Pour commencer, nous aimerions agir de manière plus conséquente dans le domaine scolaire car il n’y a pas encore suffisamment d’écoles bilingues en Bretagne. C’est essentiel pour l’avenir de la langue. Le nombre de brittophones continue de diminuer. Chaque année, de nouvelles écoles bilingues voient le jour et le nombre de jeunes gens qui apprennent le breton augmente, mais nous ne sommes pas encore suffisamment nombreux pour compenser la perte des anciens. Ce domaine-là a besoin qu’on lui consacre de nombreux efforts. Il va falloir contractualiser avec l’Éducation Nationale et ça ne sera pas facile, mais il n’y a pas d’autre solution. L’autre domaine sur lequel nous souhaitons renforcer notre action est celui des nouvelles technologies.

DN : Est-ce que l’Office va s’agrandir ?

FJ : Oui, nous l’espérons. Il sera difficile d’évoluer si nous restons dans la même configuration ; les vingt salariés donnent tout ce qu’ils peuvent. Je pense que nous faisons du bon travail mais nous ne pourrons pas faire plus si nous restons tels que nous sommes. Pour faire progresser la langue, pour mieux faire ce que nous faisons actuellement, pour faire autre chose, il faut absolument que l’Office renforce ses ressources humaines.

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