Armand Jung, vous êtes député socialiste de Strasbourg : vous venez de cosigner un essai sur les langues régionales, avant une journée nationale d’action le 31 mars. Quel est son objectif ?
Des manifestations auront lieu à Quimper, Ajaccio, Toulouse, Strasbourg et ailleurs, organisées par les mouvements qui militent pour les langues régionales, afin d’interpeller les candidats. Car nous regrettons qu’il y ait tant de réticences et d’idées préconçues envers les langues régionales, à gauche comme à droite. C’est pourquoi, avec Jean-Jacques Urvoas (député de Quimper), nous souhaitons aborder ce sujet de la façon la plus large et consensuelle.
Quelles sont les positions des candidats à la présidentielle sur ce sujet ?
Lors de son discours de Marseille le 19 février dernier, Nicolas Sarkozy a déclaré que « quand on aime la France, on ne propose pas de ratifier la charte des langues régionales et minoritaires ». Ces propos sont scandaleux, surtout lorsqu’on se souvient qu’en réformant la Constitution en 2008, le président de la République se vantait d’avoir enfin donné un statut aux langues régionales, en les intégrant à l’article 75-1 !
Et François Hollande ?
La 56 e de ses 60 propositions, consiste à ratifier la Charte européenne. Ce qu’a déjà fait l’Allemagne, un pays que l’on cite si souvent en exemple. Ce serait, pour nous, une reconnaissance du vécu : nous avons une langue française dont nous sommes fiers et redevables, et des langues régionales issues de l’histoire et de la géographie de notre pays. Les caricaturer, c’est stigmatiser les peuples alsaciens, corses ou bretons. Nous ne sommes ni folkloriques, ni ennemis de la République.
Qu’apporterait le statut que vous avez réclamé à travers une proposition de loi ?
Ce statut donnerait une reconnaissance. Actuellement, toutes les initiatives des collectivités ou des associations pour développer les langues sont transférées devant les tribunaux. Car la modification de la Constitution était purement proclamatoire. Elle ne donne aucun imprimatur à des actions en faveur des langues régionales dans les médias ou l’Éducation nationale. En Alsace, la nouvelle recteure a remis en cause l’enseignement paritaire, en passant de douze à huit heures d’allemand. C’est un frein incompréhensible alors que nous manquons de cadres et d’employés bilingues de part et d’autre du Rhin. Nous proposons des espèces de contrat de plan Etat-Région sur les langues pour lever cette chape de plomb.
Pourquoi n’avez-vous pas rejoint la Charte Linguistique pour l’Alsace ?
Je ne partage pas l’initiative de Pierre Klein, le président de l’Initiative Citoyenne Alsacienne, un ami de longue date. Elle est historiquement datée, avec des relents de rhétorique que je n’ai que trop connus par le passé, mettant la langue française au même niveau que les langues régionales. Car cette initiative se lie à la création du Conseil unique d’Alsace. Moi, je veux banaliser les langues régionales, pas les lier à la gestion d’une collectivité.
