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http://www.ladepeche.fr  30/09/2011

Occitan, une langue toujours vivante !

vendredi 30 septembre 2011

Un habitant de la région sur deux a des notions d’Occitan.

JPEGSelon une étude menée fin 2010 dans quatre départements de Midi-Pyrénées, plus d’un habitant de la région sur deux dit avoir des notions d’occitan. Les trois-quarts des sondés pensent qu’il est important de le préserver.

En Midi-Pyrénées, nous sommes un sur deux à déclarer avoir au moins quelques notions d’occitan. C’est l’un des enseignements de l’étude sur les usages et les représentations de l’occitan présentée hier à l’hôtel de Région à Toulouse par Martin Malvy, le président de l’assemblée régionale. Cette étude a été menée dans le Gers, l’Ariège, le Tarn et les Hautes-Pyrénées, fin 2010 auprès de 5 000 personnes représentatives de la population régionale.

Originalité du sondage : lorsque la personne interrogée parlait l’occitan, l’entretien se poursuivait dans cette langue. On y apprend que 74 % des sondés pensent que « la préservation de la langue occitane est importante » quand plus de la moitié « déclare être attachée à cette langue ». Pour le linguiste Patrick Sauzet, cette étude est importante : « Car compter le nombre de personnes qui parlent cette langue, c’est une manière de la reconnaître, de la rendre visible ». Autrefois, l’occitan « n’existait pas » officiellement en France…

25 % LE TRANSMETTENT

Ces chiffres font rosir Denis Cantournet, 48 ans, le directeur de macarel.org, qui commercialise en ligne des drapeaux, casquettes, bérets frappés de la croix occitane : « Il m’est arrivé, à la foire de Baraqueville, de passer ma journée à ne parler qu’occitan. Mais là, on prouve que la moitié de Midi-Pyrénées a au moins des notions. C’est énorme. Maintenant il nous faudrait un enseignement à l’école, des radios et télés en occitan. »

Même son de cloche chez Anne-Marie Boggio, de l’Institut d’études occitanes, qui organise à Toulouse avec « Anem Oc », le 31 mars 2012, une journée nationale des langues régionales : « Le candidat Sarkozy nous avait annoncé une loi, mais nous ne l’avons pas ».

La question de la transmission est centrale : chez les occitanophones, 75 % l’ont appris au sein de leur famille, mais seuls 25 % l’ont transmis. « J’ai toujours entendu mon père parler occitan - il disait patois - à ma grand-mère, à ses vaches. Mais pas à moi. Il fait partie de la génération qui ne l’a pas transmis car c’était interdit de le parler. Je le redécouvre maintenant », raconte Sylvain Roux, directeur artistique du festival « Occitania mon amour » qui se déroule jusqu’à dimanche à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde).

Dimanche à Sainte-Foy, les enfants auront carte blanche : « Ils sont des graines d’occitan. On ne sait pas ce qu’elles deviendront mais je veux croire en ces graines ».

Le chiffre : 1

1 Midi-pyrénéen sur deux > déclare savoir parler ou avoir des notions d’occitan. Ils sont 12 % seulement à déclarer le parler sans difficulté ou suffisamment pour tenir une conversation.

« Il y a un très bon accueil de l’enseignement de l’occitan dans la région, y compris de la part de jeunes originaires d’autres régions. » Martin Malvy, président du conseil régional Midi-Pyrénées

Quand la langue soigne

Aline a le sourire. Quelques mots d’occitan ont suffi à éclairer son visage. « Car c’est toujours un plaisir d’entendre la langue de mon enfance », confie cette octogénaire de la maison de retraite Les Fougères, à Lannemezan. « Et pour nous, ces quelques mots permettent d’ouvrir le dialogue », explique Patricia Castex, 45 ans, animatrice. De fait, « des personnes qui ne parlaient plus se remettent même à parler », témoigne Jeannine Gréco, directrice de cet établissement qui a fait partie des premiers à souscrire à la formation à l’occitan proposée par le conseil général des Hautes-Pyrénées.

Une démarche que Patricia Parry, psychiatre à l’hôpital Marchant de Toulouse, ne renierait pas. Témoin, ce qu’elle constate avec ses malades souffrant d’Alzheimer. « Chez les personnes âgées, il arrive un moment où la maladie, effaçant les souvenirs, fait disparaître le français. Or plus les souvenirs sont anciens, mieux ils sont conservés. Certains ne se souviennent donc plus que de l’occitan. L’ayant appris avec ma nounou, cela m’a beaucoup aidé avec mes patients. »

P.C. et D.D.

Au village les vieux parlent patois, les jeunes l’occitan

La langue ? Il y a ceux qui en parlent et ceux qui la parlent. Bruno Fourcade, lui, n’est pas dans la théorie. « Moi, je ne sais pas si je parle l’occitan, le gascon, le patois ou le bigourdan. Ce que je sais, c’est que je parle la langue d’ici, la langue du pays, celle que j’ai apprise à la maison avec mes parents et mes grands parents et que citoyen français, je parle le français aussi », résume ce Bigourdan de 37 ans, « insticulteur » dans le civil, comme il partage son temps entre sa ferme et l’enseignement de l’occitan, à la calandreta de Bagnères-de-Bigorre, tout en étant maire d’Artiguemy, village de 80 habitants des Hautes-Pyrénées où la langue reste bien vivante.

Artiguemy… mais aussi Cieutat, Orignac, Campan, Lesponne, Neuilh, sans oublier tous les villages des Baronnies, ici, au cœur de la Bigorre, le Quin vas ? appelle naturellement le Va plà !, lorsqu’on se croise sur le chemin, chez le boulanger ou l’épicier. Mais au-delà du « comment ça va ? » et du « ça va bien », l’important, c’est surtout la conversation entre les générations et sa transmission.

« Parce que si au village la génération des grands-parents parle la langue et que la génération des parents la comprend, cela devient rare pour les enfants » reconnaît Bruno. Inéluctable ? Non.

Témoin Bastien Menvielle, 13 ans et demi, de Neuilh, magnifique balcon face au Montaigu, au-dessus de Bagnères. Son rêve ? Devenir prof d’occitan et pas seulement parce qu’il est un ancien élève de la calandreta locale. L’amour de la langue lui a surtout été transmis par sa grand-mère, Reine. « Ma mère ne le parle pas, mon père oui. C’est donc ma langue paternelle, mais c’est avec mamie que je parle le plus. Avec mon père, on chante » précise-t-il. Une langue synonyme de vie pour la famille… Il faut voir comment pétillent les yeux de Reine, dès que son petit fils s’adresse à elle, « parce qu’il y a un vrai plaisir de la langue occitane », souligne Bastien, loin d’être isolé, au collège Blanche-Odin, à Bagnères « où l’on est une quinzaine, dans ma classe, en 4e et il y en a qui le parlent dans deux ou trois autres classes », souligne-t-il. Tòca y si gauses, « touche y si tu l’oses » : ici, la devise de Gaston Fébus dit désormais aussi l’enjeu de la langue.

Pierre Challier

Yanis, 11 ans : "J’ai mis 15 jours pour parler"

Au départ un peu intimidé, Yanis, âgé de 11 ans, fini par se confier sur son apprentissage de l’occitan. Il monte dans sa chambre et montre ses lectures : dictionnaire occitan et même une version de « Titeuf » en occitan. Toulousain, le petit garçon a commencé à parler cette langue romane au CP, dans une calandreta de la Ville rose. « Oui ça me plaît… », avoue-t-il avant que sa maman, France, n’embraye sur la véritable raison : « C’est notre choix à nous, car on trouvait avec mon mari que l’ambiance dans l’école d’à côté n’était pas très bonne. On a donc choisi de le mettre à la calandreta où il nous a semblé que les enseignants étaient plus à l’écoute de l’enfant ».

Pour Yanis, l’occitan « ressemble beaucoup au français ». Arrivé à l’école primaire où les instituteurs faisaient le cours en grande partie en occitan, Yanis s’est retrouvé en immersion totale. « J’ai mis quinze jours à comprendre ce que le professeur disait, dit-il. À la fin de l’année, je lisais et j’écrivais l’occitan. Avec l’occitan, on a appris des choses sur Toulouse. D’où venaient par exemple les noms des quartiers, sur l’histoire de la ville. »

Désormais élève en sixième au collège Clémence-Isaure, Yanis continue l’occitan en option, en plus de l’anglais. « L’occitan est plus facile que l’anglais parce que c’est une langue latine ». Quand on a 11 ans, comment disserte-t-on avec les anciens ? « Une fois, dans le village de mon grand-père à Lectoure (Gers), j’ai chanté une chanson en occitan avec le curé du village. Et puis, j’ai discuté avec le père d’une copine ». « Tout lui plaît » dans cette langue. Sa petite sœur, Zelda, âgée de 7 ans, est dans le même état d’esprit que son frère. Elle aussi « aime les chansons » en occitan.

Recueilli par Gérald Camier

Nos cal téner, e ferme !

Nos cal téner, e ferme. Après l’Edit reial de 1539 que li interdisiá tota mena d’expression oficiala, la lenga d’Oc s’era refugiada a flor de terra per continuar a dire l’aiga, lo vent, lo trabalh e las emocions dels òmes. Clandestins dins lor pais pròpri, los mots de la lenga vièlha continuavan ça que la d’esser, d’existir dins l’intimitat de las familhas, de còps portats a la plena lum per de fòls e de poetas.

Valgue que valgue, còste que còste, l’occitan a subreviscut als temps de l’ignorància e del mesprètz. Nos cal téner, e ferme. D’ara enlà lo mond entièr sap qu’una lenga es quicòm mai qu’un simple catalòg de mots : es un biais d’esser a l’univers, es una part irremplaçabla de la cultura de l’umanitat. Defendre l’occitan a l’ora d’ara es pas solament voler salvagardar un patrimòni essencial, un eretatge legitim : es obrar coma ciutadan responsable de la Republica e, de delà, coma ciutadan del monde.

Traduction en français :

Tenons ferme !

Après l’Édit royal de 1539 lui interdisant toute expression officielle, la langue d’Oc s’était réfugiée à fleur de sol pour continuer à dire l’eau, la terre, le vent, le travail et les émotions des hommes. Clandestins dans leur propre pays, les mots de la lenga vielha continuaient d’être, d’exister dans l’intimité des familles, portés parfois au grand jour par les fous et les poètes.

Vaille que vaille, coûte que coûte, l’occitan a survécu au temps de l’ignorance et du mépris. Tenons ferme. Le monde entier sait désormais qu’une langue est beaucoup plus qu’un simple catalogue de mots : elle est une manière d’être à l’univers, elle est une part irremplaçable de la culture de l’humanité. Tenons ferme. Défendre aujourd’hui l’occitan, ce n’est pas seulement vouloir sauvegarder un patrimoine essentiel, un héritage légitime : c’est œuvrer comme citoyen responsable de la République et au delà, comme citoyen du monde.

Claude Marti, chanteur, poète, romancier occitan

http://www.ladepeche.fr/article/2011/09/30/1180352-occitan-langue-vivante.html

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