Armand JUNG - Député du Bas-Rhin – Strasbourg - Président du Groupe d’études sur les langues régionales – Assemblée nationale
"Dans son discours de Marseille du 19 février 2012, le Candidat-Président s’est officiellement prononcé contre la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l’Europe.
Il a en effet affirmé : « Quand on aime la France, on ne propose pas de ratifier la charte des langues régionales et minoritaires qui n’a pas pour but de faire vivre les langues régionales mais de reconnaitre des droits linguistiques à toutes les minorités et de les placer sous le contrôle d’une Cour européenne qui jugera sans tenir compte de notre histoire nationale et de notre tradition républicaine. »
Ces propos extrêmement défavorables aux langues régionales me semblent surprenants, voire même scandaleux, surtout lorsqu’on se souvient qu’en 2008, au moment de la réforme de la Constitution, le Président de la République, à grands renforts de publicité, se vantait d’avoir enfin donné un statut aux langues régionales en les intégrant à l’article 75-1 de notre Constitution ! Aujourd’hui, il se sert des langues régionales pour introduire le problème du communautarisme.
Les faits nous ont montré que la réforme de la Constitution est purement illusoire et qu’en réalité, nos langues régionales ne bénéficient d’aucun statut juridique protecteur.
La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l’Europe a été signée en 1999 par Lionel JOSPIN, lorsqu’il était Premier Ministre. Mais Jacques CHIRAC, alors Président de la République, avait refusé d’engager le processus de ratification. Je note que la France est l’un des rares pays membres du Conseil de l’Europe (47 membres) à ne pas avoir ratifié cette Charte. L’Allemagne, si souvent citée en exemple par le Candidat-Président, l’a pour sa part ratifiée.
Je tiens à rappeler qu’en tant que Président du groupe d’études sur les langues régionales, j’ai rédigé et déposé une proposition de loi relative au développement des langues et cultures régionales (n°3008 rectifié), déposée le 7 décembre 2010. Ce texte, consensuel, a été cosigné par des Députés de tous bords politiques : http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/propositions/pion3008.pdf
Je constate que les langues régionales s’invitent dans la campagne des Présidentielles et je m’en réjouis, mais je dénonce cette approche malhonnête du Candidat-Président.
Une journée nationale de mobilisation en faveur des langues et des cultures régionales, organisée par de nombreuses associations, aura lieu le samedi 31 mars 2012. Des manifestations seront organisées un peu partout en France : Strasbourg, Quimper, Bayonne, Ajaccio, Toulouse…
J’y participerai activement pour défendre le principe d’un statut protecteur pour nos langues régionales et je rappellerai clairement, à cette occasion, que nos langues régionales ne menacent pas le Français, notre langue nationale et officielle, et qu’elles ne représentent pas un danger pour notre République. "
Maryvonne Blondin, sénatrice socialiste du Finistère
"Dans une course insensée et périlleuse liée à l’amour de la nation, le président-candidat s’en est pris violemment à un danger imaginaire à savoir une véritable reconnaissance juridique des langues régionales, et ce par la ratification de la charte européenne éponyme, voulue notamment par François Hollande. Selon ses mots, « Quand on aime la France, on ne propose pas de ratifier la Charte des langues régionales qui n’a pas pour but de faire vivre les langues régionales dans lesquelles je crois, mais de reconnaître des droits linguistiques à toutes les minorités et de les placer sous le contrôle d’une Cour européenne qui jugera sans tenir compte de notre histoire nationale et de notre tradition républicaine ».
Relevons une erreur et une méconnaissance dans les propos de Nicolas Sarkozy. Erreur manifeste tout d’abord, lorsque le président dénonce le pouvoir de nuisance à l’unité de la nation que constitue la Charte des langues régionales, en octroyant des droits linguistiques. En effet, la Charte se place uniquement sous l’angle de la protection du patrimoine culturel européen dont les langues régionales ou minoritaires sont un élément de richesse. Les mesures envisagées par ce texte sont des engagements de protection et non des mesures qui visent à l’expression des droits linguistiques imprescriptibles de leurs locuteurs.
Puis le président fait allusion à une Cour européenne – laquelle ? - qui mettrait la France sous contrôle en cas de ratification de la Charte. Cette indéfinition qui renforce délibérément l’inconnu et alimente le fantasme d’une menace extérieure, est très dangereuse. Passée cette imprécision, soulevons la méconnaissance. En aucune manière la Cour européenne des Droits de l’homme, car ce doit être elle dont il s’agit, dans son travail formidable en faveur de la promotion et de la reconnaissance des droits de l’homme, néglige les traditions et particularités constitutionnelles et historiques des États. Pour s’en convaincre, prenons simplement un exemple récent parmi de nombreux autres, dans la jurisprudence de la Cour de Strasbourg.
Concernant la question linguistique, la Cour dans sa décision Birk-Levy c/ France du 21 septembre 2010, rappelle ainsi que « l’intérêt, pour chaque État, d’assurer un fonctionnement normal de son propre système institutionnel revêt incontestablement un caractère légitime. Eu égard au principe de respect des particularités nationales, la Cour n’a pas à prendre position sur la langue de travail d’un parlement national ». En effet, « ce choix, dicté par des considérations d’ordre historique et politique qui lui sont propres, relève en principe du domaine de compétence exclusive de l’État ». La Cour respecte constamment les particularités de chaque État. Monsieur le président, ratifier la Charte des langues régionales et soumettre le contrôle de son application à la Cour européenne ne remettra nullement en cause notre histoire nationale et notre tradition républicaine. Soyez-en certain.
« Comprendre c’est avant tout unifier » disait Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe. Si François Hollande cherche à unifier, à rassembler les Français, dans le respect des diversités, de la richesse de ses territoires, condition de l’ambition républicaine, Nicolas Sarkozy continue à diviser, en opposant, en stigmatisant."
Guilhem Latrubesse - Parti Occitan
« Nicolas Sarkozy s’en est pris à ceux qui veulent ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires du Conseil de l’Europe dans son discours de Marseille, dimanche dernier »
« Le candidat président mélange tout et veut amalgamer défenseurs des langues, ennemis de la République et communautaristes. C’est une attaque contre Eva Joly et François Hollande qui ont mis la ratification de la charte dans leurs programmes. Mais c’est aussi une attaque contre tous ceux qui défendent les langues de France. Ils sont implicitement accusés de ne pas être des républicains et de menacer les valeurs de la République ».
« Le candidat–président n’a plus de mémoire. Sa volonté de défendre ces langues on la connaît. En 2007 il promettait une loi ! Où est-elle ? Il n’a rien fait. Et maintenant il promet encore. Nous ne sommes pas amnésiques. Ce discours est une attaque contre tous ceux qui ont défendu la République dans leur langue. Et ils sont nombreux, occitans, bretons, corses, basques, catalans et d’autres encore à avoir défendu les principes républicains dans leur langue. Que Nicolas Sarkozy le veuille ou non, la République est un bien commun des citoyens de ce pays et c’est pour cela que l’on peut dire : « Libertat , egalitat, fraternitat ». C’est la diversité des idées, des langues et des cultures qui fait une République moderne »
http://www.toulouse7.com/2012/02/22/nicolas-sarkozy-sattaque-a-la-langue-occitane/7
Jean-Jacques Urvoas - Député du Finistère
« Nicolas Sarkozy s’en est pris avec une violence étonnante à la charte européenne des languesrégionales, accusant ses partisans de ne pas aimer la France, écrit le député socialiste du Finistère. Que répondre au Président candidat si ce n’est que la philosophie même de cette charte est de protéger les langues et non de conférer des droits imprescriptibles à leurs locuteurs. Qu’elle a été ratifiée par la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’ensemble des pays scandinaves, et que les dirigeants de ces États, les plus avancés du continent sur le plan démocratique, n’aiment pas moins leur pays que NicolasSarkozy, le sien. Qu’enfin, la pente qui conduit à taxer de trahison tous ceux qui ne partagent pas votre point de vue est extrêmement glissante... ».
Tumasgiu d’Orazio, conseiller municipal à la mairie d’Ajaccio, chargé de la langue corse
Naig LE GARS et Christian GUYONVARC’H - Conseillers régionaux de Bretagne, groupe UDB autonomie et écologie
"Nicolas Sarkozy, menteur et manipulateur, assimile les promoteurs du breton aux tenants du communautarisme religieuxNicolas Sarkozy, dans son discours de Marseille, assimile les promoteurs de la langue bretonne et de toutes les langues dites régionales à des tenants du communautarisme religieux. Sarkozy est pris sur le fait dans un délit de mensonge et de manipulation.
Sarkozy est un menteur car la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, créée par le Conseil de l’Europe en 1992, ne concerne nullement les langues issues des migrations extra-européennes récentes (1). Cette charte, que 24 Etats ont signée et ratifiée dont 17 des 27 Etats membres de l’Union européenne, concerne explicitement les langues régionales, de métropole et d’outre mer, et les langues minoritaires pratiquées depuis des siècles en Europe telles que le yiddish et le rromani (langue des Roms).
Sarkozy est un manipulateur car, dans un parallèle honteux qui le déshonore, il exploite la question des langues régionales pour nourrir les peurs provoquées par les dérives communautaristes d’extrémistes religieux.
Sarkozy, qui a la prétention de délivrer des leçons de patriotisme, est un agitateur professionnel dont toute la stratégie consiste à semer les germes de la division, à opposer les uns aux autres dans le but d’imposer l’idée qu’il serait le seul à même d’éteindre les incendies qu’il a lui-même déclenchés. La politique démagogique de ce pompier-pyromane doit être dénoncée par tous les démocrates. Sarkozy ne mérite pas d’occuper les fonctions qui sont les siennes depuis 2007. Sarkozy, dehors ! Sarkozy, er-maez !
Naig LE GARS et Christian GUYONVARC’H
Conseillers régionaux de Bretagne, groupe UDB autonomie et écologie(1) Article 1 – Définitions. Au sens de la présente Charte : (…) elle n’inclut ni les dialectes de la (des) langue(s) officielle(s) de l’Etat ni les langues des migrants."
Tangi Louarn, Kadoriad Kevre Breizh
"La Cour européenne des droits de l’homme n’intervient pas dans le domaine de la Charte qui ne crée pas de droits, contrairement à cette affirmation erronée. La Charte est établie sur des engagements à géométrie variable des États. Seul existe un Comité d’experts, instance de dialogue qui peut faire des recommandations aux États mais sans aucun pouvoir coercitif.
Ces limites connues de la Charte, n’empêchent pas nos organisations de revendiquer des droits contenus dans des textes internationaux que la France a par contre ratifiés tels que le Pacte des droits civils et politiques (art 27), Le Pacte des droits économiques sociaux et culturels (art 13, 14, 15 et observation générale n° 21) des Nations Unies , la Convention de l’UNESCO contre la discrimination dans l’enseignement (article 5c) - Cf EBLUL-Fr Négation des droits culturels fondamentaux - Déclaration des Nations Unies sur les peuples autochtones."








