Si l’État ne les reconnaît pas et ne les défend pas, elles vont s’éteindre, diront les manifestants attendus demain, à Quimper et dans sept autres villes et régions françaises.
En 2003, près de 12 000 personnes étaient rassemblées à Rennes pour demander une reconnaissance et une défense des langues régionales par l’État. Une décennie plus tard, ce dossier n’a connu pratiquement aucune évolution significative.
Certes, en Bretagne, le nombre d’enfants scolarisés dans les trois filières bilingues est en progression régulière et a franchi le seuil des 14 000. Ce qui ne représente toutefois que 2,5 % des élèves de primaire (contre 40 % au Pays Basque et 12 % en Alsace). Ce vivier de jeunes locuteurs, est donc encore bien insuffisant pour compenser la disparition des générations bretonnantes les plus âgées. Le nombre de Bretons parlant leur langue régionale est aujourd’hui estimé à 200 000, un chiffre en constante régression.
« Une richesse nationale »
Certes, le travail de nombreuses associations culturelles a permis à la langue bretonne de retrouver une certaine visibilité, notamment dans la toponymie et la signalétique. Mais elle reste très discrète dans la plupart des domaines de la vie courante, les services publics, le monde du travail.
Certes, la production artistique et littéraire en langue bretonne est relativement abondante. Mais le succès national, voire international de Bretonne, l’album de Nolwenn Leroy, ne peut cacher les difficultés que connaissent la plupart des créateurs en breton, confrontés à l’étroitesse de leur « marché » et à la faiblesse des moyens de diffusion. De toutes les langues régionales d’Europe considérées comme « vivantes », la langue bretonne est celle qui bénéficie du plus modeste accès à la télévision.
La diversité linguistique, « un élément à part entière de la biodiversité »
Pour toutes ces raisons, les défenseurs des langues régionales, dites « langues de France », estiment que seule une avancée législative, leur accordant un statut et des moyens, peut aujourd’hui sauver une diversité linguistique que Gilbert Dalgalian, linguiste, considère comme « un élément à part entière de la biodiversité » et que la plupart des politiques qualifient de « richesse » nationale.
Au cours de ce quinquennat (comme des septennats précédents d’ailleurs...) plusieurs déclarations, évoquant une ouverture de la République à ses langues et cultures régionales, ont éveillé des espoirs. Attentes régulièrement déçues, malgré de multiples rappels ou condamnations de la France par l’Union européenne.
Promis en 2007 par Nicolas Sarkozy durant sa campagne présidentielle, et rapidement confirmé par Christine Albanel, ministre de la Culture, un projet de loi sur les langues régionales a été enterré par Frédéric Mitterrand, dès son arrivée au ministère de la Culture, à l’automne 2009.
L’an dernier, une soixantaine de députés, toutes tendances confondues, parmi lesquels le Costarmoricain Marc Le Fur (UMP) et le Finistérien Jean-Jacques Urvoas (PS), ont rédigé une proposition de loi sur les langues régionales afin de contrer le refus gouvernemental. Ce document, détruit en vol par un conflit entre PS et UMP, n’a jamais été soumis au parlement. Plus récemment, une autre proposition votée à l’Assemblée nationale par quelques députés UMP, PS et Verts, ouvrant la porte à un référendum sur la réunification de la Bretagne, n’a jamais atteint le Sénat...